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Rien qu’avec ses yeux particulièrement expressifs, votre chien vous fait part de son amour, son excitation, sa tristesse, son appréhension ou de tout un tas d’autres émotions.

Toutefois s’il présente des problèmes oculaires, il n’aura certainement plus les moyens de communiquer aussi bien ses émotions ; il pourra même perdre la vue. Il est important que vous puissiez reconnaître très rapidement les affections qui touchent l’œil de votre chien parce que si le vétérinaire intervient très tôt il pourra, dans bien des cas, permettre une récupération optimale.

Structure de l’œil du chien

Pour pouvoir identifier un problème oculaire chez un chien, il est primordial de connaître la structure bien particulière de son œil.

L’œil de votre chien, comme celui de la plupart des mammifères, a la forme d’un globe qui renferme deux cavités remplies de liquide séparées par le cristallin : la première, elle-même divisée en deux chambres, antérieure et postérieure, contient l’humeur aqueuse ; la seconde (ou chambre vitréenne) renferme une structure gélatineuse, le corps vitré. Le cristallin qui les sépare est une lentille qui fait converger les faisceaux lumineux provenant de l’extérieur sur la rétine, située à l’arrière de l’œil.

La rétine contient les photorécepteurs permettant la vision. À l’avant, l’œil est recouvert par la cornée, couche superficielle transparente qui protège les structures internes de l’œil et amène les rayons lumineux sur le cristallin. L’œil a aussi une pupille (noire) au centre d’un iris coloré. Les muscles oculaires, très nombreux, servent à mobiliser le globe oculaire dans différentes directions, contracter ou dilater la pupille, et modifier la courbure du cristallin afin d’adapter la quantité de lumière arrivant sur la rétine.

L’œil du chien possède trois paupières : une inférieure et une supérieure (comme nous), ainsi qu’une troisième paupière bien développée appelée membrane nictitante. Située dans la partie inférieure de l’angle interne de l’œil, entre la paupière inférieure et le globe oculaire, elle protège ce dernier et facilite l’élimination des corps étrangers superficiels.

Elle contient également une glande qui contribue à environ 30 p. cent à la formation de la phase aqueuse du film lacrymal de votre chien

[le saviez-vous ?” le film lacrymal est la fine pellicule de larmes qui recouvre l’œil ; il est composé de 3 couches: une couche profonde muqueuse, une couche intermédiaire, aqueuse produite par les glandes lacrymales, et enfin une couche superficielle, lipidique].

Normalement la membrane nictitante est invisible, cachée sous la paupière inférieure, mais elle devient apparente s’il y a un problème — on parle alors de procidence de la membrane nictitante. Celle-ci peut s’observer sur un œil ou les deux. Il est donc important de vous familiariser avec l’anatomie de l’œil de votre chien et de bien repérer où se trouve sa membrane nictitante. Voici quelques affections communes de l’œil du chien :

La luxation (ou prolapsus) de la glande lacrymale de la membrane nictitante (dite « glande nictitante »)

Cette affection spécifique de la membrane nictitante se caractérise par l’apparition d’une masse gonflée rouge/rosée, de la taille d’une noisette (d’où son surnom anglais : cherry eye ou œil « cerise » !). Cette masse correspond au déplacement de la glande nictitante qui, lorsqu’elle est enflammée, sort de sa loge.

La membrane nictitante peut être visible, de façon tout à fait normale, lorsque le chien dort ou vient d’être opéré et se trouve dans la phase de réveil de l’anesthésie. Mais en cas de luxation de sa glande nictitante, vous remarquerez une grosseur, rouge, faisant saillie sur le bord de la membrane nictitante, de façon intermittente d’abord, puis à terme permanente. La luxation peut atteindre un œil ou les deux et s’observe surtout sur des chiens jeunes (6 mois à 2 ans).

Elle peut s’accompagner ou non d’une conjonctivite. Il n’y a aucun moyen d’éviter son apparition car sa cause n’est pas connue avec certitude et certaines races semblent prédisposées (beagle, bouledogue français ou anglais entre autres).

De ce fait, dès que vous constatez les premiers symptômes contactez rapidement votre vétérinaire pour mettre en place un traitement. La luxation intermittente peut être soulagée par des collyres anti-inflammatoires. Si elle est permanente, elle nécessite un traitement chirurgical (remise en place de la glande), car la glande nictitante enflammée trop volumineuse finit par irriter la conjonctive et gêner votre chien.

Les conjonctivites

L’inflammation de la conjonctive est une affection très fréquente chez le chien, et peut avoir de nombreuses causes (allergies, infections bactériennes ou virales, irritations). Lors de conjonctivite, l’œil est rouge et les tissus entourant la cornée sont gonflés (œdématiés). On observe aussi un écoulement oculaire ainsi qu’une légère douleur oculaire (votre chien garde alors souvent les yeux fermés ou se les frotte).

En raison de ses très nombreuses causes, dont certaines sont infectieuses, il ne faut pas attendre pour consulter son vétérinaire qui fera les examens nécessaires afin de trouver l’origine de l’inflammation et mettre en place le traitement adapté, par exemple :

  • en retirant de la source de l’irritation (cil mal placé, corps étranger, etc.) et en administrant un collyre pour calmer localement la douleur
  • en prescrivant des antibiotiques et des lavages oculaires en cas d’infection
  • ou en prescrivant un traitement antiallergique.

L’épiphora

Il s’agit d’un écoulement lacrymal excessif (votre chien pleure tout le temps !). Les larmes, transparentes, qui s’écoulent peuvent à terme colorer en brun/rouille les poils mouillés ou leur donner une mauvaise odeur. L’épiphora accompagne de nombreuses affections entraînant une hypersécrétion lacrymale (cils mal positionnés, conjonctivite, ulcères cornéens) ou bloquant l’évacuation des larmes (canaux lacrymaux obstrués entre autres).

Les races canines de très petit format (miniature ou toy) semblent prédisposées souvent en raison d’un mauvais drainage lacrymal. D’autres chiens peuvent avoir leurs paupières qui s’enroulent vers l’intérieur (entropion) : les cils irritent alors la cornée (hypersécrétion lacrymale) tandis que l’enroulement obstrue l’appareil de drainage lacrymal. Une intervention chirurgicale est souvent nécessaire pour améliorer le drainage lacrymal et corriger la position des paupières.

Votre vétérinaire mettra en œuvre les examens nécessaires pour trouver la cause de l’épiphora et vous proposer un traitement adapté.

La sécheresse oculaire

Là c’est le contraire : l’œil sec, ou kératoconjonctivite sèche, est lié à une insuffisance de larmes venant lubrifier la cornée et la conjonctive. En l’absence de traitement, votre animal peut devenir aveugle.

Un œil sec a souvent le même aspect qu’une conjonctivite récidivante ou qu’une infection persistante : écoulement muqueux (ou purulent) collant aux paupières, truffe sèche, œil rouge et douloureux et perte de la transparence cornéenne (couleur légèrement blanc-bleutée, œil terne) avec ou sans ulcère visible.

La sécheresse oculaire est souvent provoquée par une réaction auto-immune, le système immunitaire de votre chien détruisant par erreur progressivement la glande lacrymale. Toutefois d’autres causes sont possibles : vieillissement, maladies infectieuses ou d’origine hormonale, effets secondaires de certains médicaments, traumatisme…

Le diagnostic repose sur la mesure de la production lacrymale sur une bandelette (test de Schirmer) totalement indolore et facile à faire. Le traitement est long. Son but est de restaurer la production lacrymale au moyen de pommades appliquées deux fois par jour et de traiter la cause spécifique (collyres ou pommades antibiotiques par exemple). Des traitements de soutien à base de larmes artificielles peuvent se rajouter.

Le glaucome

Le glaucome se développe lorsqu’il existe un déséquilibre entre la production normale d’humeur aqueuse (liquide qui remplit les chambres postérieure et antérieure de l’œil) et son évacuation qui devient insuffisante. Sa quantité augmente et élève la pression intra-oculaire (PIO) à un niveau incompatible avec la bonne santé oculaire (l’augmentation de la PIO conduit, à terme, à une dégénérescence du nerf optique et de la rétine).

Le glaucome est douloureux et s’accompagne souvent d’une perte de vision. On observe une dilatation de la pupille (le diamètre pupillaire des deux yeux peut ne pas être le même), une rougeur oculaire ou une dilatation des vaisseaux situés dans la partie blanche des yeux (la sclère). Un des deux yeux (ou les deux) peut apparaître également plus gros et saillant en raison de l’augmentation de son volume.

La douleur (parfois intense) peut amener votre chien à garder ses yeux partiellement fermés ou plissés, à se les frotter ; il peut aussi être abattu, perdre l’appétit ou même ne plus réagir à vos appels. Si votre chien présente un des signes de glaucome vous devez consulter immédiatement votre vétérinaire (c’est une urgence oculaire absolue !) pour éviter qu’il ne perde la vue.
Le diagnostic du glaucome s’effectue par la mesure de la PIO à l’aide d’un tonomètre.

Votre vétérinaire vous proposera ensuite les traitements adaptés pour réduire la PIO et la maintenir dans des valeurs physiologiques, soit par l’application de collyres soit par une intervention chirurgicale.

La cataracte

La cataracte est une opacification plus ou moins étendue du cristallin qui s’oppose au passage de la lumière. Cette dernière ne peut plus atteindre la rétine, d’où une perte de vision plus ou moins importante pouvant aller jusqu’à la cécité. Il ne faut pas confondre la cataracte avec la sclérose nucléaire (densification et durcissement normaux de la partie centrale du cristallin) qui se développe avec l’âge mais n’empêche pas la vision.

Les cataractes sont fréquemment héréditaires et certaines races sont prédisposées (berger australien, bouledogue français, Staffordshire bull terrier, etc.). Toutefois des cataractes secondaires se développent aussi lors de diabète, de malnutrition, d’une irradiation, d’une inflammation ou d’un traumatisme.

Lors de diabète, le sucre en excès dans le sang passe aussi en grande quantité dans l’humeur aqueuse puis entre par diffusion dans le cristallin où il est dégradé en sorbitol qui, lui, reste piégé dans le cristallin. Attirée par le sorbitol, l’eau présente dans l’humeur aqueuse entre par diffusion dans le cristallin, le fait gonfler et désorganise sa structure, d’où l’apparition de la cataracte . La plupart des chiens diabétiques finissent par faire une cataracte.

Un cristallin atteint de cataracte apparaît blanchâtre ou bleuté. Cette opacification, qui se voit facilement en regardant l’œil de son chien, peut s’accentuer jusqu’à empêcher totalement la vision. L’évolution de la cataracte ou sa stabilisation dépend de plusieurs facteurs comme le type de cataracte, la race ou la présence d’autres facteurs de risque. Si sa baisse visuelle est progressive, le chien compense par ses autres sens (ouïe ou odorat) et il est parfois difficile de se rendre compte qu’il ne voit plus.

Il se cogne parfois ou se déplace plus lentement ; il peut également présenter des réactions de défense inhabituelles s’il est surpris ou ne distingue pas bien qui s’approche de lui.

Beaucoup de chiens s’adaptent à leur cataracte sans traitement. Toutefois l’opération de la cataracte, pratiquée par des vétérinaires spécialisés en ophtalmologie, peut leur permettre de retrouver une bonne vision. Parlez-en avec votre vétérinaire pour qu’il puisse examiner l’état général de votre chien et mettre en place le traitement le plus approprié.

En résumé

Personne n’aime voir souffrir son animal de compagnie. Si vous remarquez que votre chien se frotte les yeux avec ses pattes ou se frotte la tête sur le sol, ce peut être un des premiers signes d’un problème oculaire.

Il est également judicieux de consulter votre vétérinaire dès que l’œil de votre chien vous semble anormal car beaucoup de maladies se manifestent par des symptômes identiques tout en ayant des origines ou des conséquences bien différentes. Dans le cas d’un glaucome par exemple, une consultation en urgence peut sauver la vision de votre animal.

[1] https://www.vet-alfort.fr/images/services-cliniques/clinique-animaux-compagnie/infos-pratiques/Ophtalmologie/ficheOphtalmo-Prolapsus-2018_1.pdf

http://www.laurentbouhanna.com/Medcom_LaurentBouhanna/Gestion/publicationPDF/39.pdf

[2] https://www.vet-alfort.fr/images/services-cliniques/clinique-animaux-compagnie/infos-pratiques/Ophtalmologie/ficheOphtalmo-Glaucome-2018_1.pdf

[3] http://www.laurentbouhanna.com/Medcom_LaurentBouhanna/Gestion/publicationPDF/7.pdf

GP-R-FR-NON-200900071